Marie Busson, sculpteur-plasticienne
mercredi 26 septembre 2018
Baubôs
          


Les Baubô sont nées d'une lecture: "Femmes qui courent avec les loups" de Clarissa Pinkola Estès. Un livre sur les contes et les mythes abordant le féminin sauvage

Le personnage de Baubô  apparaît dans le mythe grec de Déméter. Elle est la « petite déesse du ventre »que rencontre Déméter au cours de ses pérégrinations dans la quête de sa fille Perséphone.

La description de Baubô m'a fait rire et j’ai voulu la sculpter, pour voir quelle gueule elle pouvait bien avoir.

Voici un extrait du texte de Clarissa Pinkola Estès  :

«  Perséphone restait introuvable. Ainsi commença pour Déméter la longue quête affolée de son enfant chérie. Déméter demanda partout si l'on n'avait pas vu sa fille, fouilla chaque parcelle, chaque creux, chaque aspérité du terrain, ragea, pleura, cria, supplia qu'on ait pitié, réclama qu'on la tue : en vain. Impossible de trouver sa fille bien-aimée.

    Alors, elle qui était maîtresse de la croissance se mit a maudire tous les champs fertiles du monde, hurlant dans son malheur : « Meurs, meurs; meurs ! » Et cette malédiction fit que nul enfant ne pouvait voir le jour, nul épi de blé ne poussait pour le pain, nulle fleur pour les fêtes, nul rameau pour les morts. Tout dépérissait. La terre aride, les mamelles desséchées n'avaient plus rien à donner.

    Déméter elle-même ne se lavait plus, ses vêtements étaient maculés de boue, ses cheveux pendaient. Même si, dans son cœur, la douleur vacillait, elle n'abandonnait pas. Après maintes recherches stériles, elle finit par s'effondrer auprès d'un puits, dans un village où elle était inconnue. Tandis qu'elle adossait son corps douloureux à la fraîcheur de la pierre, une femme s'approcha, ou plutôt une sorte de femme. Elle s'avança vers Déméter d'un pas dansant, en ondulant des hanches d'une façon qui évoquait l'acte sexuel et en agitant les seins. Quand Déméter la vit, elle ne put empêcher un léger sourire de naître sur ses lèvres.

     De fait, c'était là une créature magique, car elle n'avait pas de tête, ses yeux se trouvaient à la place des mamelons et sa vulve lui tenait lieu de bouche. Et c'est avec cette jolie bouche qu'elle se mit à régaler Déméter de quelques plaisanteries bien salées. Déméter commença par sourire, puis gloussa, avant d'émettre un rire profond, un rire venu du ventre.

Ainsi les deux femmes, la petite Déesse du ventre Baubô et la puissante Déesse de la Terre Mère Déméter, rirent-elles de concert.

 C'est ce simple rire qui tira Déméter de sa dépression et lui rendit suffisamment d'énergie pour qu'elle continue à rechercher sa fille.

Avec l'aide de Baubô, de la vieille Hécate et d'Hélios, le soleil, ses recherche finirent par être couronnées de succès. Perséphone fut rendue à sa mère et le monde, le sol et le ventre des femmes portèrent de nouveau du fruit.

J'ai toujours eu un faible pour cette petite Baubô. Je l'aime plus que les autres déesses de la mythologie grecque et peut-être même plus que toute autre figure. Il ne fait aucun doute qu'elle est la descendante des Déesses du ventre du néolithique, mystérieusement dépourvues de tête et quelquefois de pieds et de bras.

Elles font partie des déesses sauvages archétypales de la sexualité sacrée et de la fertilité de la Vie/Mort/Vie qui ont existé depuis la nuit des temps.»

 

Actualité

oeuvres post 2007:
voir blog ici